Ouch.
Celle-là, elle a fait mal un peu.
À force de traiter, chercher, écrire, rapporter de la nouvelle, tu deviens un peu immunisé, blindé et plus grand chose ne t’atteint. C’est encore plus vrai quand tu couvres des drames humains, mais aux sports aussi, on a notre lot de mauvaises nouvelles.
Des athlètes se retirent, se blessent, sont accusés de méfaits, se mettent les pieds dans la bouche. Meurent. À peu près rien ne t’atteint. Sauf de rares exceptions où le lien ou l’attachement envers l’athlète fait en sorte que lorsque la nouvelle tombe sur le fil, elle t’ébranle un peu. Le décès de Gary Carter est l’une de celles-là.
C’est pas comme si c’était une surprise : après tout, on s’y attendait pas mal. Mais je craignais aussi cette nouvelle. Dès que j’ai su que Carter avait fait une rechute il y a quelques semaines, j’ai senti que cette nouvelle serait plus difficile à traiter que les autres. Ce n’est pas juste un autre athlète que j’ai connu qui meurt. Ce n’est pas juste un autre ancien Expo, comme Charlie Lea, qui meurt. C’est Carter.
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J’ai découvert Carter sûrement comme tous les autres gars de 36 ans : un dimanche après-midi ou un samedi soir, à la télé, collé sur mon père. Il t’explique un peu les règles du jeu, tu comprends que ce qui est le fun dans ce sport-là, c’est de frapper et de courir autour des buts. Le rythme est assez lent, ce qui te laisse le temps d’assimiler toutes ces nouvelles données.
(Plus tard, on découvrira que ça nous permettait d’aller acheter une bière ou de jaser avec notre date…)
Et puis, soudainement, notre façon de regarder et d’aimer ce sport a changé quand un grand blond frisé s’est présenté au marbre, a retroussé ses manches sur ses épaules et a lancé un regard de feu au lanceur en lui disant : «Toi, tu ne m’auras pas et je vais frapper ce tir-là très solidement». (OK, ce bout-là vient peut-être de notre imagination.)
Gary Edmund ”The Kid” Carter.
Il était déjà une vedette quand je l’ai connu. Comme tous les autres (dont ma tante Suzanne, probablement pour d’autres raisons…), je suis immédiatement tombé sous le charme. Ma vie a à jamais été changée.
Je vous entends dire que j’exagère ! Et bien non.
Carter a fait en sorte que le baseball soit devenu mon sport préféré. J’y aurai ensuite joué pendant 25 ans. C’est grâce au baseball que j’ai rencontré tous mes meilleurs amis, ceux que je vois encore aujourd’hui, à toutes les semaines, parfois au grand dam de Douce. C’est à cause du baseball que j’ai appris à lire : j’avais bien hâte que mon père revienne avec le Journal de Montréal, que je puisse le lire en commençant par les pages arrières. C’est à cause de Carter (et Bertrand Raymond) que je suis journaliste aujourd’hui.
Grâce à lui, j’ai vécu certains des plus beaux souvenirs de ma vie, à tout le moins de ma jeunesse. La partie des étoiles de 82, au Stade olympique (mon premier match live !), celui de 84, où il a été nommé joueur par excellence, mais surtout, un match de septembre 92, contre les Cubs.
Son dernier à Montréal, dans l’uniforme des Expos. Jusqu’au bout il aura été un showman, frappant un double par-dessus la tête de son vieux chum Andre Dawson au champ droit, poussant au marbre Larry Walker pour le seul point du match d’une victoire de 1-0 contre les Cubs de Chicago ! Je ressens encore les frissons de l’ovation qu’on lui a servie. Encore aujourd’hui, je suis content, heureux, d’avoir assisté à ce match. (Comme au dernier de Vladimir Guerrero et de Pedro Martinez dans l’uniforme des Expos.)
Mais à cause de Carter, j’ai aussi découvert que le sport pouvait vous attrister : le Blue Monday de 81, mais le pire de tout, cette journée du 10 décembre 1984, quand il a été échangé aux Mets de New York. Maudit que j’ai haï les Bronfman ce jour-là !
Sportivement, c’est assurément l’un des jours les plus tristes de ma vie, avec le départ des Expos, celui de Patrick Roy et la retraite de Lafleur. La première.
À partir de ce moment, fallait regarder les nouvelles pour voir Carter. Heureusement, il jouait dans un gros marché et pour une bonne équipe, alors on en entendait souvent parler ! Et puis il y avait quand même quelques matchs des Expos à la télé, et les Mets étaient dans notre division !
Deux ans plus tard, je me rappelle encore de la joie éprouvée à le voir remporter la Série mondiale avec les Mets. Plus récemment, son élection au Temple de la renommée m’a vraiment rendu heureux. J’étais surpris que Carter me touche encore autant !
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Je ne suis pas impressionné par les athlètes professionnels ou les vedettes. Deux m’ont laissé bouche bée quand je les ai rencontrés : Carter et Guy Lafleur. Je crois même avoir eu l’air épais la première fois que j’ai vu Carter.
Je couvrais les Expos pour cyberpresse en 2001 quand Carter agissait à titre d’analyste pour les matchs des Marlins. Rodger Brulotte, qui connaissait toute mon admiration pour le Kid, m’a offert l’un des plus beaux cadeaux de ma vie. Quand je suis arrivé sur la galerie de presse cette journée-là, Rodger m’a dit: «Toi, tu t’en viens avec moi.» Je l’ai jamais vu venir.
Quand on est entré dans le studio des Marlins, Carter s’est retourné, a salué Rodger et mes genoux ont failli lâcher.
«Hey Rodg! Comment ça va ?»
«Ça va Gary. Je veux te présenter Frédéric Daigle. C’est un fan depuis qu’il est tout petit. Maintenant, il est journaliste et couvre les Expos.»
Je sais que Gary a dit quelque chose de gentil en me serrant la main, mais je ne m’en rappelle pas. Je me rappelle par contre de ma première phrase : «I… eh… I eh… bdgfmph…». Ou à peu près. Heureusement, sa gentillesse n’était pas que légendaire et j’ai ensuite passé l’un des plus beaux 20 minutes de ma vie, à parler avec ce qui est encore à ce jour l’une de mes plus grandes idoles. (J’en ai peu, si ça peut vous rassurer.)
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C’est con à dire, mais j’ai vraiment été affecté par la nouvelle de son décès. Peut-être parce que je suis passé par là dernièrement avec mon père.
Peut-être aussi que c’est juste parce qu’on ne pouvait pas faire autrement que d’être sous son charme dès qu’on lui avait parlé plus de deux minutes.
François Gagnon a résumé en deux phrases ce que j’ai ressenti en apprenant la nouvelle : les Expos sont partis en 2004. Ils sont morts à 16h10, jeudi.
Repose en paix, Gary Carter. Et merci pour les nombreux beaux souvenirs.



Excellent mon Fred.
Merci Mathieu !
En lisant ton texte ce matin j’ai eu 6 ans à nouveau. Merci pour le souvenir de la soeur qui regardait les gars de la maison avoir autant de fun.